Phytosociologie paysagère

La progression des connaissances des groupements végétaux et des successions végétales dans de nombreuses régions, en rapport avec la géomorphologie, a permis d’aboutir  à une approche globale et intégrée des systèmes paysagers naturels (Biondi 2011).

La « phytosociologie paysagère », ou géosymphytosociologie, qui s’est développée à l’instigation de Rivas-Martinez (1976), Tüxen (1977) et Géhu (1979…), constitue la suite aboutie des « complexes de végétation » définis par Braun-Blanquet (1964). Elle est basée sur des unités regroupant plusieurs groupements végétaux.

La « série de végétation » est une unité conceptuelle dynamique regroupant les communautés végétales présentant une potentialité végétale identique dont l’étape finale correspond à la tête de série et à la végétation potentielle naturelle (Loidi & Fernandez-Gonzalez 2012). Elle est liée à une unité spatiale écologiquement homogène, ou « tessela ». On distingue des séries climatophiles, liées au mésoclimat, et des séries édaphophiles, principalement influencées par les contraintes édaphiques. Parmi celles-ci peuvent être différenciées principalement les séries edaphoxérophiles où édaphohygrophiles. 

L’«holosérie » est une série complète, dont le stade mature est une forêt. La « minorisérie » est une série tronquée, dont le stade mature, en raison de contraintes écologiques, n’est pas forestier mais souvent arbustif. La « permasérie » comporte une seule étape permanente pérenne au sein d’une tessella caractérisée par de fortes contraintes écologiques. Elle peut toutefois inclure des stades de dégradation d’origine anthropique.

La « géosérie » est une unité conceptuelle regroupant différentes séries, au sein d’une « catena », formant un ensemble spatial géomorphologique et bioclimatique homogène et de taille variable, formée de plusieurs tessela. On distingue aussi les « géopermaséries », regroupant plusieurs permaséries, et les « géominoriséries » regroupant au moins une minorisérie.

Ces concepts et définitions de la phytosociologie paysagère, ou « dynamico-caténale », ou « géosymphytosociologie », sont définis dans Bioret et al. (2019). Une telle approche intégrative est aujourd’hui utilisée pour mieux décrire, cartographier et connaître le fonctionnement de portions de territoire (Lazare 2018). La cartographie des géoséries à partir d’imagerie satellite à faible résolution spatiale (250 m) a été testée en Corse (Rapinel et al. 2019a). 

Cette méthode a été appliquée et perfectionnée dans plusieurs secteurs en France, en particulier dans le cadre de plusieurs thèses du programme CarHab (Delbosc 2015, Demartini 2016, Roux 2017, Choisnet 2019…). Elle peut aussi permettre de modéliser l’évolution des végétations à l’échelle de la tessela, sous l’effet des changements climatiques futurs (Roux 2017).